Page:NRF 3.djvu/353

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


LE CHARRETIER 343

Le père, qui avait l'âme du bush, lui avait inspiré l'amour des animaux, sauf des corbeaux diaboliques et des lapins qui sont le fléau.

On parcourait pendant des mois un coin des Nouvelles Galles du Sud où la population est rare et que le chemin de fer n'a pas encore atteint. On rencontrait des wagons, parfois on faisait la route ensemble et, le soir, autour du feu, on causait longtemps en fumant du tabac fort et en buvant du thé noir comme du café. Un jour un cavalier prévint qu'un convoi de chameaux arrivait. C'était alors pour Jones un branle-bas de combat ; il semblait s'apprêter pour une bourrasque. Il regardait la route avec anxiété et dans son imagination voyait déjà ses dix-huit chevaux emballés en une charge folle à travers la plaine. Il voyait son wagon chaviré et réduit en morceaux ; les sacs de farine éventrés, les caisses de thé crevées et le riz en flaques blanches et en longues traînées sur la terre rouge.

Il avait l'œil sur les chevaux, et par prudence avait fait descendre Jessie de son poney. Heureusement, les craintes ne se réalisèrent pas : les 25 chameaux conduits par leurs Afghans passèrent à distance respectueuse et les chevaux les sentirent juste assez pour dresser les oreilles. Les bêtes portaient chacune 2 balles de laine et se sui- vaient en file, silencieuses, tanguant et roulant. A la bête de queue était confié un grand sac de toile d'où émergeait la tête d'un jeune chameau d'âge trop tendre pour suivre la caravane.

Jessie, bien campée sur sa selle d'homme — elle n'en voulait pas d'autre — les jambes raidies sur des étriers trop grands pour elle, avançait dans ce monde qui lui paraissait chaque jour plus large. Elle traversait des

�� �