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LE CHARRETIER 347

Depuis 6 heures du matin jusqu'à 6 heures du soir (sauf aux heures de " smoke ho ! " (fumez ho) et de repas) c'était dans le " shed " (hangar) un vacarme de bêlements et de cris dominés par le ronronnement des machines, au milieu d'une atmosphère étouffante où haletaient 60 hommes et 2000 moutons.

Le tondeur n° 7 était le "Ringer" (champion) et tondait ses 120 moutons dans la journée ; il était non seulement l'homme qui tondait le plus de moutons mais aussi celui qui les tondait le mieux. Le n° 33 n'en tondait guère que 10 de moins que le "Ringer ", mais à la place qui lui était allouée, le plancher de sapin semblait être de l'acajou, tant le sang l'avait rougi.

Le " Ringer " faisait en quelque sorte partie de la ma- chine ; il avait des gestes réguliers de faucheur, sa tondeuse traçait de longs sillons, laissant la peau rosée, contournait délicatement les cuisses afin de ne pas couper les jarrets, se jouait autour des oreilles et enlevait la laine des joues sans toucher aux paupières.

On entend parler de tondeurs qui ont fait leurs 200 moutons dans la journée ; mais il y a des moutons de Queensland sans laine aux pattes ni au ventre; les bêtes de Moondooroo, elles, avaient du sang Yankee dans les veines, des toisons lourdes de replis que les tondeurs en général détestent et qu'ils qualifient d'accordéons.

A six heures, le sifflet de la locomobile annonçait que la longue journée était finie : les machines s'arrêtaient les unes après les autres, les tondeurs et " rouseabouts " (trieurs et autres qui travaillent dans le hangar) quittaient le shed le dos courbé, l'air las.

Dans la nuit violette qui descendait, les feux des camps

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