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30 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

paisible conscience de la besogne qu'il accomplis- sait. Les premiers jours il semblait qu'il fût traqué comme une bête, qu'un travail acharné le poursuivît jusque dans ses plus secrets retranche- ments. Son âme et son cœur fuyaient pour se mettre à l'abri. Il préservait sa pensée en l'enfer- mant dans le coin le plus noir et le plus reculé de son cerveau. Il fallut bien une semaine pour qu'il comprît qu'on ne lui voulait aucun mal. Ce ne fut que passé ce temps qu'il reprit son souffle, qu'il se calma, qu'il put considérer d'un œil assuré ses occupations et son destin. Il faut marquer d'une pierre blanche le jour où Charles Blanchard donna à ses sabots un peu de cette attention qu'accordent les hommes à la besogne qui les occupe. Un grand changement s'était produit dans sa vie, lorsque, ayant chassé les vaines terreurs, il put se dire, un soir, après avoir râpé ses sabots :

— Aujourd'hui, j'en ai râpé six paires.

Il existait alors pour Charles Blanchard quelque chose qui s'appelle le travail. l

Le travail ne lâche pas ceux qu'il a choisis. Chaque matin, l'enfant se levait en même temps que son oncle, sur le coup de six heures. On eût pu croire que la journée qui commençait allait

1 Une des variantes de Charles Blanchard présente avec une insistance prolongée (durant une dizaine de pages) les difficultés d'acclimatation à l'atmosphère de la boutique et d'accoutumance au travail.

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