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CÉZANNE 369

intime ; c'est pourquoi elle a la dense sécheresse de la flamme, et garde dans l'apparence cette intériorité de ce qui se nourrit de soi-même : le terne flamboiement des tons, il semble que Cézanne l'ait obtenu en enlevant aux surfaces cette fluidité brillante où jouent les variations et les glissements de l'atmosphère ; il a gratté pour découvrir sous les instants la durée. Sans doute il sait saisir les accidents les plus subtils, la limpidité sèche de l'air sur les rochers, la circulation inquiète des nuages. Mais toujours il les subor- donne à l'essentiel ; il y a quelque chose sur quoi passe le passager et que traverse l'éphémère. Aussi se passionne-t-on à surprendre tous ces paysages en train de durer. Ils sont tout penchés au long de leur journée ; ils n'attendent rien ; ils se sont si bien pénétrés de l'uniforme mouvement du temps qu'ils se laissent porter par lui ; ils sont confiés à la dérive des heures ; et dans la nuit ils maintiendront leur obscure présence.

Les figures comme les paysages donnent cette impression de persister. Dans les admirables nus de femmes la lourdeur de l'après-midi suspend les gestes en grappes aux branchages. Dans les portraits ce n'est pas quelque surprise d'attitude qu'inscrit Cézanne, mais l'ardente grandeur du repos. La couleur des vêtements brûle à force d'être splendide ; mais toujours au moment d'é- blouir, de scintiller en ruisselant, elle s'arrête et

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