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FERMINA MARQUEZ 393

semblait marcher, ébloui, tenant sa gloire entre ses bras, tout contre son cœur. C'était une nouvelle victoire : pendant huit jours encore il serait à la place d'honneur, en classe. C'était un peu comme après la communion : il se sentait purifié ; il se respectait davantage.

Le Préfet des Etudes et tous les Professeurs le félici- taient : on fondait de grandes espérances sur lui. Il était si intelligent, il s'assimilait tout si rapidement. C'était l'opinion générale. Car Joanny Léniot avait la coquetterie de dissimuler son effort tenace. S'il se donnait, en étude, une demi- heure de relâche, il passait cette demi-heure à montrer à tous son oisiveté, se levant vingt fois de sa place, se faisant constamment rappeler à l'ordre par le surveillant. Il affectait de recopier ses devoirs à la dernière minute. Il lui arrivait même de dormir en classe. Tout cela faisait illusion, et l'on s'émerveillait de la promptitude de son esprit. En réalité, les sentiments étaient, chez lui, toujours plus vifs et plus nets que les pensées ; ils obscur- cissaient l'intelligence qu'ils dominaient, et, en somme, Léniot, avec toute sa réputation de cerveau bien doué, n'était remarquable que par son ambition sans mesure, au- dessus vraiment de son âge.

Ses parents (ils habitaient Lyon) lui écrivaient des lettres pleines d'éloges, pour l'encourager, à chacun de ses succès. Le père Léniot se disait que son fils comprenait les sacri- fices qu'on faisait pour lui, et qu'il profitait, en garçon pratique, de l'instruction qu'on mettait à sa portée. Et la mère songeait : " C'est pour me faire plaisir qu'il travaille tant " ! Joanny voyait ces pensées derrière leurs félicita- tions. Non, ses parents ne comprendraient jamais ; et

il déchirait leurs lettres en souriant de pitié. Personne ne

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