Page:NRF 3.djvu/482

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gien, puis clame ce mot terrible : " écrivez ".

La dictée commence. Le voici qui nous jette sur un ton de mélopée les phrases à avaler sans faute, ainsi qu’à des prisonniers malades on lance une exécrable pitance ; nos plumes levées les happent au passage,et les recrachent sur les grandes feuilles blanches, avec de petits hoquets. Généreusement il nous prévient qu’il fournit pour cette fois la ponctuation en guise de dessert, mais qu’à l’avenir il faudra nous la procurer selon nos propres lumières intérieures.

Il s’agit — oh ! je me le rappelle bien — du fameux passage Les Rogations, extrait du Génie du Christianisme. La voix tombe implacable sur nos têtes courbées. La phrase glisse à travers nos cheveux, descend dans nos oreilles, chaque main droite la recueille et l’étalé sur sa page, après l’avoir diluée dans l’encrier où parfois les plumes voisines se rencontrent et hésitent. Un élève chargé de " répéter " la relance timidement au maître qui l’attend menaçant, l’escamote et nous en verse une autre de même capacité. Il dicte :

Les cloches du hameau se font entendre, virgule, les villageois quittent leurs travaux : deux points : le vigneron descend de la colline, virgule, le laboureur accourt de la plaine, virgule, le bûcheron sort de la forêt ; point et virgule ; les mères fermant leurs cabanes, virgule, arrivent avec leurs enfants, virgule, et les jeunes filles laissent leurs fuseaux, virgule, leurs brebis