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FERMINA MARQUEZ 663

lité. Sans doute il se maintiendrait à la tête de sa classe ; sans doute il brillerait à ses examens. Mais au prix de quelles luttes ; au milieu de quelle agitation ! S'il avait gardé sa foi, au moins ; il aurait eu Dieu pour allié dans sa lutte contre ses passions. Mais depuis longtemps la religion n'était plus pour lui que l'idéal suranné de quelques vieilles dévotes.

Joanny appelait, non pas la vieillesse, mais cet âge où, la fougue de la jeunesse passée, il pourrait s'asseoir de nouveau et définitivement, en face de ses dictionnaires et de ses papiers, — ou en face de sa vie, plus intéressante que tous les livres du monde. — Une jeune fille venait de le repousser, et il l'en aurait remerciée, si elle l'avait renvoyé à ses livres et à l'élaboration de son grand avenir. Mais elle l'avait renvoyé à sa sœur, — à ses sœurs, à toutes les femmes.

Qu'il était donc las. La vie était insipide. Sa plus récente place de premier, il n'avait aucun plaisir à y songer. La gloire même était sans intérêt. Encarnacion, la plus jolie des petites cubaines, — non, il valait mieux ne pas penser à elle. C'était peut-être encore une déception qu'il se préparait là. Il sui/it sa classe au dortoir, fatigué, écœuré, mécontent du monde et de lui-même, ne désirant plus que s'oublier dans le sommeil.

Il dormit bien mal, et ne se réveilla qu'à l'appel du tambour. Toute la nuit, il avait rêvé qu'il récitait un discours latin en présence de l'archevêque, et il lui avait semblé prononcer, ore rotundo, un nombre infini de belles terminaisons et de nobles désinences : abunt, arentur, ibus, arum

(A suivre.) Valéry Larbaud.

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