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LE REGNE DE L'ARTISTE 63

Plutarque. Si le Grec est fier de ses œuvres d'art, c'est qu'il y voit un signe de puissance et de richesse. Son orgueil y trouve son compte comme au luxe de ses courtisanes ; mais courtisanes et artistes provoquent des murmures publics sitôt qu'ils veulent s'élever au-dessus d'une condition demi-servile. Notons que le procès contre Aspasie suivit de près celui de Phidias.

Qui ne voit l'importance du problème et que les libertés que l'artiste prend avec son art, les innovations qu'il y risque, le dédain qu'il se permet pour l'incompréhension de ses contemporains dépendent surtout de son humilité ou de sa dignité sociales ?

Il n'est guère concevable qu'un grand inventeur de beauté, guide et modérateur de la sensibilité d'une nation, nourrisse à l'égard de son œuvre des sentiments modestes. Cet orgueil, ou si l'on veut cette exaltation, est de tous les siècles. Mais à côté de la modestie qu'on éprouve pour soi-même, il y a celle que les autres ressentent pour nous, à notre place. Le rapport de ces deux éléments, l'un de ferveur personnelle, l'autre de mépris ou d'estime publique, conditionne plus qu'il ne semble les formes d'art, leur renouvelle- ment et leur qualité. Il n'est pas indifférent qu'au moment où il établissait, pour ainsi dire, les nor- mes de la perfection grecque, l'artiste le plusadmi-

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