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62 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

pour avoir quelquefois pris plaisir à lire leurs œuvres : car il ne s' ensuit pas nécessairement, si P ouvrage délecte, que toujours V ouvrier en soit à louer. "

La page est dure et mortifiante. Elle date de basse époque et venant d'un philosophe, elle appelle une certaine méfiance. Mais cette brutale humiliation de l'artiste, cette abrupte opposition de l'homme et de son œuvre ne semble pas une boutade de , moraliste, non plus que cette dédai- gneuse énumération de noms si dissemblables. N'est-il pas significatif de mettre un auteur de chan- sons sur le même rang que l'homme qui formula si péremptoirement le génie d'Athènes, celui dont l'œuvre eut une importance nationale par sa ma- jesté, son ensemble, par l'école qui en est issue, comme par l'éclat des cultes qu'il a glorifiés. Les témoignages abondent de l'enthousiasme religieux qu'à toutes les époques provoqua la sculpture de Phidias ; et pourtant cette antiquité si passionnée n'a pas su nous informer si l'ami de Périclès mou- rut en prison de l'ingratitude des Athéniens ou s'il ne périt pas à Olympie, en exil et de mort violente. Aux hellénistes de nous dire si quelque part se manifeste la moindre expression de honte, voire simplement de gêne, pour la frénésie populaire à laquelle succomba certainement le plus inspiré des artistes. Le peu de prix qu'a l'individu quand il s'agit des intérêts de la cité ne suffit pas à expliquer cette indifférence. Art basse et vile, dit

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