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UNE BELLE VUE 73

déjà tu cherchais à absoudre Guillaume, et, si je n'avais pas été là pour te rappeler ce que ton attitude avait d'in- convenant par rapport à nous, je me demande à quelles compromissions ta faiblesse t'aurait conduit... Je t'ai imposé mes raisons, qui étaient celles de toutes les hon- nêtes gens... Qu'est-ce qui te prend aujourd'hui de changer ton fusil d'épaule ? Aucun criminel n'est absous parce que Dieu l'a châtié.

Mon père avança peureusement :

— Tu es trop rigoureux... Tu es seul à parler de crime... Je t'assure que tout le monde à Saint-Clair...

Un ricanement ironique lui coupa la parole :

— Ah ! oui ! Tu n'as pas le courage de tes opinions... Et ce fut le point de départ d'une nouvelle diatribe qui

tendait à prouver qu'en se réconciliant avec M. Tourneur, mon père avait été mu par des considérations étrangères à l'amitié.

Caché dans la tribune, immobile et retenant mon souffle, j'écoutais avidement, et ma piété filiale endurait le martyre. Je me sentais plein de haine contre cet oncle qui se permettait d'admonester un frère de quarante-sept ans sur un ton que celui-ci n'aurait pas pris pour me gronder. Avec ses yeux glacés derrière ses lunettes d'or, sa hauteur, son verbe tranchant, mon oncle Hippolyte n'avait jamais gagné mon cœur ; du moins avais-je éprouvé à son égard la même admiration, le même respect craintif que mon père. C'était, paraît-il, un homme si exceptionnel ! Maintenant je ne voyais plus en lui qu'un pédant égoïste et féroce. Pourquoi fallait-il, hélas ! que quelque chose m'enlevât la satisfaction de lui donner tout à fait tort. Je sentais vaguement qu'il y avait une part de vérité dans

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