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UNE BELLE VUE 89

Madame Becquet, qui apportait son ouvrage et tirait l'aiguille en geignant, du temps que son mari " s'occupait de nous ", jouissait tout son saoul des contrariétés que ces histoires de location procuraient à sa bienfaitrice. L'envie la rongeait positivement ; elle en était décharnée.

Tout cela finissait par excéder maman. Elle en avait assez de voir son intimité presque journellement violée, d'être tantôt traquée dans son jardin, tantôt chassée de pièce en pièce par des intrus dont les pieds les salis- saient l'une après l'autre. Sans compter que, vivant reproche, Octavie faisait à la cuisine un train d'enfer ; l'idée que des étrangers s'installeraient dans cette maison qu'elle considérait comme la sienne, lui mettait la cervelle à l'envers. Où étaient les temps glorieux de bon-papa Aubineau ? Elle ne décolérait pas, et " les malheurs " se multipliaient en conséquence.

On allait donc prier le cousin Becquet de nous épargner ses bons offices, lorsque le parvenu demandé s'offrit en la personne de M. Isaac Trottmann, commis- sionnaire en marchandises.

— Je crois que cette fois nous tenons notre homme, annonça M. Becquet. Mais je ne dois pas vous cacher que monsieur Trottmann est juif.

— Oh ! fit maman avec un pâle sourire, si ce n'est que cela !... J'ai suffisamment vu à l'œuvre de soi-disant bons chrétiens.

— Vous connaissez mes opinions. . . Mais à chacun les siennes...

M. Becquet était cruellement partagé entre son désir d'aboutir et son antisémitisme féroce. Il abominait les Israélites, parce qu'il voyait en eux tous les maîtres de

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