les pierres reprirent. Mais des lueurs d’une espèce nouvelle dansèrent dans le trou de l’imposte. Les gens de la petite salle se regardaient en blêmissant. Ce devait être les journaux qu’on enflammait.
— « Ah ça, est-ce que j’ai ma tête à moi ? mais c’est qu’ils vont le faire comme ils le disent ! »
s’écria le Voyageur. Il dévisagea successivement chacun de ces pauvres diables. Il reconnut la terreur, la haine, l’angoisse poussée jusqu’à l’agonie, — pas un signe de révolte.
Alors il fut secoué par un mépris sans borne, et posa sur la table d’un air provoquant son revolver, un petit Browning bronzé de dix-neuf quatre-vingt quinze dont il ne s’était jamais servi.
La vieille femme, dans la cuisine, éclatait en cris stridents. L’homme de haute taille, à la barbe noire correcte, aux yeux bruns et à la peau nette se sentit vraiment d’une race supérieure. Le mot d’aryen lui revint. Il ne savait pas ce que ça voulait dire. Mais il comprenait qu’il ne voulait pas mourir et que ces gens-là se laisseraient égorger comme des moutons.
— « Je suis un aryen, entendez-vous ? un aryen ! voici mon revolver. Faites-la taire. Le premier qui entre je l’abats. »
Des vieux souvenirs de romans militaires agitaient sa nature pacifique. Il avait pris le ton du commandement.
Une seconde figure éclairée par en bas de reflets cuivrés et dansants montait devant l’imposte. Une figure de séminariste singulièrement excité. Il était clair qu’il se préparait à jeter les journaux enflammés dans la boutique.
D’une voix brève — son ancienne voix de sergent de réserve — le Voyageur ordonna :