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la nouvelle revue française

Il cligna des yeux pour distinguer quelque chose à travers la nuit de la boutique. La porte de la salle à manger devait se découper là-dedans comme un rectangle lumineux.

Le voyou regarda, avec circonspection. Puis il éclata de rire.

— « Ho ! les cochons sont au fond, dans leur turne ! Il n’y a qu’à y foutre le feu. On les aura comme on voudra ! »

La voix retentissait dans la pièce même, étrangement proche. Le regard du drôle s’alluma sur un guidon de bicyclette qui mettait un reflet de nickel dans le magasin. Il reprit avec fureur :

— « Faut y foutre le feu ! On aura les Youpins et les machines qu’ils ont volées ! »

Les vociférations se levèrent derechef en rafale.

— « Faut y foutre le feu ! Faut faire griller les tripes aux Youtres ! On reprendra les machines. »

Le visage du voyou dansa devant l’imposte. Son échelle vivante devait bouger.

Il hurla :

— « Gare donc, là-dessous, hé, tas de merdeux ! »

Il perdit l’équilibre, se raccrocha machinalement aux restes de vitre qui tenaient après le cadre, se coupa, poussa un juron et disparut, à la façon d’un polichinelle de guignol.

Lévy se tourna vers sa femme.

— « C’est le garçon de chez Chartier. Tu as vu ? »

Et il sourit faiblement.

Les coups de cannes, les sifflets à roulettes, le bélier,