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I028 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

nuits étoilées et courtes. Lorsqu'il fait clair de lune on pense à l'amour. Par les après-midi brûlantes, on vou- drait être assis deux sur l'herbe humide du voisinage d'un€ source.

Ils étaient quatre à travailler dans la carrière de granit : Nolot, le Paul, Belin et Rabeux. Il y en avait certaine- ment de plus malheureux. La carrière était située en pleins bois, à un kilomètre environ de la petite ville, au bord même de la grand' route départementale. A leurs moments perdus ils y avaient construit, à l'abri d'un bouquet de chênes, une cabane ; comme les pierres ne leur manquaient pas, ils s'en étaient servis, au lieu d'em- ployer, comme le font les charbonniers, du bois et des mottes de terre. Ils s'y réfugiaient en cas d'averse, et tous les jours y " goûtaient ", comme les Frébault dans leur champ, vers midi ; mais, eux, du moins pouvaient- ils, sur le poêle installé à demeure, faire réchauifer leur soupe, ou leur ragoût. Ils ne suaient pas l'été, comme ceux qui travaillent dans les champs en plein soleil : assis à l'ombre sur des nattes de paille, ils taillaient leurs pierres à coups de ciseau et de maillet, tranquillement. C'est un bon métier qui nourrit son homme. Belin et Rabeux, s'ils n'avaient pas tant aimé à boire, auraient pu faire des économies, mais ils avaient, comme le disait Belin, un fameux trou sous le nez. Nolot, lui, était pro' priétaire de la carrière. Sa femme avait eu une jolie dot, dans les dix mille, disait-on. Cela suffisait pour que le Paul et la Léontine ne fussent pas inquiets sur leur avenir. Ils travaillaient l'un et l'autre parce qu'il est tou- jours bon d'avoir un métier dans les doigts, et que même les fils des bourgeois, des riches, s'occupent à leur façon

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