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LA LITTERATURE IO4I

Mondes crie à la Sorbonne germanisée !) Je loue évidemment M. Giraud de la probité qui lui est ordinaire, mais si on se met, à propos d'un écrivain, à invoquer la composition géolo- gique de son sol natal, où s'arrêtera-t-on ? Les temps sont peut-être venus de ne plus user de la métaphore des racines qu'avec mesure et tact. M. Lemaître, qui probablement a visité ce Combourg dont M. Barrés plaçait artistement les tours à l'horizon du procès de Rennes, s'abstint avec goût de conduire dans ces pierres des auditeurs qui ne demandaient qu'à l'y suivre. (A moins que dans les tournées de la Patrie Française, M. Lemaître n'ait pris de la petite patrie pour le restant de son existence. Je me souviens qu'à Lons-le-Saulnier et à Poitiers, à Gap et à Arras, il commençait en expliquant que : Nous sommes dans un bon pays. . . et nouait flexiblement, comme trois mesures pour rien, trois phrases jolies sur la courbe des collines et le génie des grands hommes, quand il y en avait. De là on passait toujours au général André et à M. Pelle- tan ; j'imagine que M. Lemaître répugne à ce que le même couloir lui serve encore pour parvenir à Racine et à Chateau- briand.)

Aussi ne dirai-je pas que le livre de M. Lemaître est tout en coteaux modérés. Je me contenterai de reconnaître, comme tout le monde, qu'il est une promenade agréable à travers Chateau- briand, et, sans doute avec M, Lemaître lui-même, qu'il n'efFace pas le livre de Sainte-Beuve, dans les marges duquel il semble agréablement rêvé et écrit. Il nous confirme dans cette idée que Chateaubriand n'était pas un sphinx, qu'il y a sur lui une vérité commune, et que l'homme qui s'est le plus drapé pour la postérité est un de ceux qui au fond la trompent le moins. Donnons à notre tour dans ses marges les quelques coups de crayon professionnels.

M. Lemaître croit que Chateaubriand, quoique sa littérature en ait dit, fut un homme heureux et qu'il a, autant que personne, joui de la vie. Je ne le pensais pas, et, bien que je

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