Page:NRF 7.djvu/1050

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


I044 L^ NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

pensée. L'hypothèse commode et logique, pour le lecteur, c'est que les phrases fameuses qui renouvelèrent le style du paysage et la vision de la nature, soient nées d'un spectacle vrai. Avec plus de probité, Chateaubriand ne les aurait pas écrites. Sa probité, dans l'ordre esthétique, eût été un défaut d'être. Napoléon, lui aussi, accommodait la vérité aux nécessités de l'heure ! N'empêche que, lorsque le livre allemand fait de lui un professionnel du mensonge, nous approuvons le petit garçon qui dit à M. Asmus que Napoléon est un grand homme et que le livre ment. Le gamin a-t-il raison ? Qu'importe ! Sur ces matières on n'a pas raison, on a des raisons...

Mais il serait bien curieux (et M. Lemaître était obligé à une revue trop cursive pour s'y attarder) d'examiner dans son détail et dans sa tec hnique cette construction de Chateaubriand par lui-même, de disccr.i-.r les moyens d'art qu'il utilise, et de ramener cet art de se poser aux lois plus générales de son art à la fois classique et romantique. Un exemple, au hasard :

Tout le monde se souvient de ce journal, que Chateaubriand, en Amérique, trouve par hasard dans une maison de bois, et qui lui apprend les événements de Varennes. La voix de l'honneur... le retour en France... l'émigration. Et tout cela, on se garde de le prendre à la lettre, on sait que Chateau- briand avait pour revenir d'autres raisons, et que même cette histoire est probablement inventée. Mais cette histoire inventée devient vraie d'une vérité supérieure, quand nous la relions à deux histoires pareilles, quand nous voyons en elle les espèces d'un genre. — Le Génie du Christianisme naquit, selon Chateau- briand, de la lettre que lui adressa, avant de mourir. Madame de Farcy sa sœur pour lui apprendre la mort de sa mère ; et M. Giraud a prouvé que c'était en partie inexact. — Il aban- donna la carrière diplomatique en entendant crier sous ses fenê- tres, par un porteur de journaux, l'exécution du duc d'Enghien. — Il y a là, je crois, un procédé artistique, peut-être incons- cient, et un instinct de composition tragique. A trois reprises,

�� �