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LA LITTÉRATURE IO5I

bénite et de faire dire des messes, et si le Géni^ est la grand* messe en musique de l'apologétique, c'est une messe tout de même.

Il est excellent que chaque année l'attention soit ainsi rappelée par l'intermédiaire de M. Lemaître, à date fixe, sur un de nos écrivains, et qu'un nom classique figure dans notre actualité : commémoration discrète et légère comme d'un lent calendrier. Il est juste que la discrétion et la bonne foi de M. Lemaître ne donnent pas à cette actualité un caractère, comme on dit, sensationnel, mais tout simplement intelligent et modéré, — qu'il nous confirme simplement dans un ensemble de jugements un peu traditionnels, dans ceux là qui, polis par les gens de goût de plusieurs générations, ont les meilleures chances d'être vrais, ou forment du moins cet ordre de vérité commune que la critique géniale, créatrice de nouvelles tables de valeurs, devra, (mais un nouveau Sainte-Beuve n'est-il pas aussi contra- dictoire qu'un nouveau Racine ?) avoir traversé. J'aimerais d'ailleurs que M. Lemaître variât notre agrément, et qu'au lieu de ses amples revues trop cursives, il s'attachât bientôt à étudier en profondeur quelque écrivain de seconde place, et qui ne fût pas un poète. (J'ai sur le cœur certaine page du Chateaubriand où je lis : " Un paysage où se sont accomplis de grands faits historiques ressemble beaucoup à un paysage du même genre où rien n'est arrivé... Le champ de bataille le plus illustre est presque toujours pareil à n'importe quel grand morceau de la Beauce ou de la Brie... " Et c'est ainsi sans doute que, dans l'apostrophe de Saint-V allier,

Temijjîétri, souillé y déshonoré y brisé Diane de Poitiersy comtesse de Brézé

le second vers ne sera qu'une carte de visite analogue à celle où le meilleur alexandrin d'Eugène Manuel le déclarait

Inspecteur général de P Université.

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