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I02 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

et d'affaires. La satire y est véhémente, mais non énorme comme chez M. Octave Mirbeau ; elle déforme peu les faits. Elle est inhérente au drame même, elle ne lui est pas superposée. Elle s'exprime par le conflit des personnages et non par des tirades et des plaidoyers. Quelque indignation que ressente l'auteur, sa voix tremble à peine. Il sait que si les événements ne sont pas éloquents par eux-mêmes, rien ne sert de les commenter. Il arrive que les protagonistes exposent un peu doctrinalement leurs points de vue ; du moins aucun raisonneur ne vient en tirer la moralité.

Mais n'oublions pas que nous sommes dans le théâtre le plus cher aux modistes et aux couturiers. Au second acte, un thé très élégant chez le gouverneur ; au troisième un bal avec cotillon ; au quatrième, pendant le siège du palais gouverne- mental par les insurgés, dix dames trouvent encore moyen d'être là, pour le plaisir de nos yeux, parées et décolletées, mais pour le plus grand dommage de la pièce qui est austère et fré- missante et qui s'amollit, se dégrade parmi tant de luxe. Je sais bien que toutes ces frivolités ont pour but de rendre plus dramatique le coup de théâtre de la révolte populaire et plus saisissant le contraste entre la vulgarité tapageuse des européens et la noble résignation des orientaux, mais il suffisait d'indiquer; tant d'insistance était d'autant plus vaine qu'il s'agit d'un drame d'argent et de politique, non d'un drame mondain. Ce sont les questions coloniales qui nous y intéressent, et ce qui nous touche véritablement, ce sont les conséquences générales, néces- saires, à la fois heureuses et lamentables, de l'écrasement d'une vieille civilisation par une autre plus jeune et plus robuste.

Une des plus pathétiques scènes des Sauterelles est celle où, tout de suite après une turbulente et cynique réunion de fonctionnaires qui se disputent le pillage de la colonie, huit mandarins captifs débattent avec une mélancolique politesse les dernières mesures qu'ils pourront tenter pour délivrer leur peuple. Et nous retrouvons la même beauté grave dans la scène

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