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I074 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Electre, à son tour, ne peut lui cacher sa passion. L'ambitieux et sournois Pollux encourage des crimes qui le laisseront seul au pouvoir. Et c'est d'abord le sang de Ménélas qui coule ; puis c'est celui de Castor. On veut chasser Hélène, cause de tant de calamités, mais le peuple obstiné la retient. Elle s'enfuit la nuit vers la forêt ; en vain, car là encore les choeurs des satyres et des naïades la poursuivent de leurs désirs, jusqu'à ce qu'affolée, épuisée, elle implore la pitié de Zeus et obtienne que sa foudre mette fin à la malédiction de sa destinée.

Sujet de poète plus que d'homme de théâtre, parce que le prestige fatal de la beauté qui est le ressort de toute cette tragédie, se laisse suggérer mieux que démontrer maté- riellement. N'est-il pas remarquable qu'héroïne de tant de poèmes, Hélène ait été l'âme de si peu de drames ? C'est que, depuis Homère, elle représente la beauté passive, celle qui se laisse aimer, poursuivre, disputer. Elle n'agit pas ; elle ne fait acte ni de volonté ni d'intelligence. Elle abandonne à sa sœur Clytemncstre, née d'un père humain, toutes les drama- tiques passions. Elle-même, fille de Jupiter, elle a quelque chose de l'impersonnalité divine. Elle est principe et symbole plus qu'elle n'est femme.

Très habilement, Emile Verhaeren a choisi l'instant où cette impassible créature, menacée par l'âge et fatiguée d'elle-même, devient capable de mélancolie, de pudeur et du regret de n'être pas pareille aux autres femmes.

Ainsi donc, fat dormi pour la première fois Depuis vingt ans, calme et douce, en ma demeure. Sans la peur de la nuit, sans P angoisse de P heure. Gardant mon triste corps pour toi seul et pour moi. Je n ai pas demandé si j^ étais encor belle Ni h tes yeux, ni à tes mains, ni à tes bras. Et mon cœur, apaisé d^être h nouveau fidèle. Goûtait r ample douceur dêtre tranquille et las.

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