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1084 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

ce genre de composition que par la critique et d'après certaines idées antérieures et préconçues. Il n'a point reçu de a nature ce talent large et fécond d'un récit dans lequel entrent à l'aise et se meuvent ensuite, selon le cours des choses, les personnages tels qu'on les a créés ; il forme ses personnages avec deux ou trois idées qu'il croit justes et surtout piquantes et qu'il est occupé à tout moment à rappeler. Ce ne sont pas des êtres vivants, mais des automates ingénieusement construits, on y voit presque à chaque mouvement les ressorts que le mécanicien introduit et touche par le dehors ".

Flaubert trouve Le Rouge et le Ncir " mal écrit et incompré- hensible comme caractères et intentions. " Et il ajoute, dans une lettre à Mme X... : " Je sais bien que les gens de goût ne sont pas de mon avis mais c'est encore une drôle de caste que celle des gens de goût, ils ont de petits saints à eux que personne ne connaît. C'est ce bon Sainte-Beuve qui a mis ça à la mode. On se pâme d'admiration devant des esprits de société, devant des talents qui ont pour toute recommandation d'être obscurs. Quant à Beyle, je n'ai rien compris à l'enthousiasme de Balzac pour un semblable écrivain, après avoir lu Le Rouge et le Noir. "

Pour Nietzsche, Stendhal est un précurseur. Dans Par delà le Bien et le Mal, il écrit : " Henri Beyle, d'une allure à la Napoléon, parcourt son Europe, plusieurs siècles d'âme euro- péenne, démêlant et découvrant cette âme ; il fallut deux générations pour le joindre, pour deviner quelques unes des énigmes qui l'obsédaient et le ravissaient, lui, cet étonnant épicurien et ce curieux interrogateur, qui fut le dernier grand psychologue de la France. " Comme psychologue, Nietzsche ne met au dessus de Stendhal que le seul Dostoïevski.

En terminant, citons cette phrase intelligente de M. Faguet sur l'observation de Stendhal, naturelle, continue, " constam- ment énergique, sans acharnement, comme un instinct. "

J. C.

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