Page:NRF 7.djvu/186

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l8o LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

des condamnés. Mais la foule, la foule suivit. D'une seule voix, elle entonna Hymn to the pillory. Les femmes, les petits enfants, les vieillards, Barbe la vendeuse de pommes, le gagne-petit John, le vieux boucher James, tous chantaient à voix forte, tous répétaient les accents vengeurs. Bien que tu dusses rentrer à Newgate, reparaître à nouveau au milieu des assassins et des voleurs, tu étais, Daniel, plus acclamé que le roi quand les deux évêques d'York et de Canterbury le conduisent à West- minster pour y être sacré.

A Newgate ce fut à nouveau la géhenne : les murs avec l'eau qui suinte, le plancher avec les rats, le grabat où l'on ne peut trouver un moment le sommeil. Là pourtant, tu te livras, aussi bien qu'en n'importe quel lieu du monde, à la médita- tion et au travail. Ne fallait-il pas que tu fisses comme si tu étais libre } Ne fallait-il pas que tu gagnasses, avec les travaux de ta plume, de quoi faire vivre les chers êtres de ton cœur } Cela il le fallait, de Foë.

Dès lors, bien que, comme un réprouvé, tu fusses rejeté hors du monde, il était nécessaire que tu te repliasses sur toi-même, que tu te concen- trasses en ta pensée au point que ce monde dont tu avais oublié l'image revécût à nouveau devant toi. Et voilà que, tandis que le door-keeper venait t'apporter l'eau et le pain, voilà que, par le guichet ouvert de ta cellule, tu tendais l'oreille comme

�� �