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DANIEL DE FOE I97

monde, étaient connus de Mark Watkins et venaient chez lui. Mais toi, de Foë, à cause que tu étais enfermé toute la semaine et ne paraissais à l'auberge qu'au jour du Seigneur, l'on te nom- mait, parmi les habitués, du nom délicieux de M. le Gentilhomtne du Dimanche. Et c'étaient, au moment que tu apparaissais, mille prévenances de la part de Watkins, des " Votre Honneur ", " Votre Seigneurie ", " M. le Gentilhomme " par là, " M. le Gentilhomme " par ci ; et le verre le plus beau, la bière la meilleure, le gin le mieux choisi et le plus pur, tout cela, Daniel, t'était vite offert! Mais toi, ces afféteries et façons t'agaçaient au plus haut point. Vivement tu passais devant Watkins, fuyais au plus loin de lui, et, dans le retrait le plus obscur de l'auberge, à l'endroit un peu écarté où viennent s'asseoir les vieux loups de mer qui portent aux oreilles des anneaux d'or, fument un brûle-gueule cassé, sentent le sel et le poisson, tu allais te placer en silence. Là, ce que ces hommes disaient entre eux, les aventures, les naufrages, les combats avec les corsaires, les rapts de nègres et de négresses en Afrique, les escales dans des terres lointaines, les pêcheries et les chasses dans les eaux et sur des rivages inconnus, le commerce des pierreries, des plantes rares et sucrées, des singes et des oiseaux, tout cela tu l'écoutais avidement. Et toi, l'homme calme, le gentleman paisible, M. le Gentilhomme du Dimanche,

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