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206 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

murmure musical des forêts, voilà ce que tu désirais âprement connaître...

Et, désormais, ce fut une chose folle, une chose ardente que tu portais en toi comme un trésor. Tu étais le dépositaire de cette histoire prodigieuse qui était arrivée en mer à un maître d'équipage. Certes ! durant toute ta vie âpre et mêlée à tous les mondes, tu avais rencontré des êtres qui appel- lent la curiosité ; tu avais vu des hommes comme pauvre Jacques, Duncan Campbell et Bob Single- ton, des femmes comme Moll Flanders et lady Roxana ; mais, du moment suprême où tu rencon- tras Selkirk, tu ne vis plus personne d'autre au monde. A dater de cette heure, si rayonnante pour toi, tu vivais dans cette histoire — l'histoire de l'Ecossais — au point de t'y incorporer. D'Alexandre Selkirk naissait dans ton esprit peu à peu Robin- son, Robinson Kreutznaër. Tu imaginais ce héros, nouvellement jailli de ta pensée en fièvre, partant — tel le maître d'équipage — dans l'Amérique du Sud. Et puis, il y avait le naufrage et Juan Fernandez ! Maintenant, sous son parasol, vêtu de peaux de chèvre, accompagné du perroquet Poil, Robinson allait. Et toi, plein de compassion et d'amour pour cet enfant de tes méditations, tu répétais, de la voix du papegai sous les palmes : " Robin, Robin, Robin Cruso, ô mon pauvre Robinson Crusoé ! " Mais vos destins n'étaient pas, Daniel, sans se ressembler au point par-

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