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278 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

intellectuel que lyrique — et son premier efFet ne fut-il pas de susciter le délire de la Pléiade ? — Non ! on n'assimile bien que ce qu'on est né pour assimiler. A quelques exceptions près, remarquons que nos vieux poètes, même égarés dans les puéri- lités de l'allégorie, furent poètes moyens, poètes de bon sens.

C'est là un fait : il faudra tenir compte en nous, à quelque époque qu'on nous prenne, d'un besoin naturel d'élucidation logique, qui est proprement notre marque et qui détruira plutôt le lyrisme qu'il ne se laissera détruire par lui. Notre premier acte intellectuel est pour comprendre, le second pour construire. Nous apprendrons ensuite à goûter le vertige de l'inconscient, à aimer nos émotions pour elles-mêmes — mais seulement plus tard.

Le problème lyrique va donc se compliquer en France de l'intrusion d'un nouvel élément avec lequel il n'est intuition si obscure qui ne soit obligée d'entrer en composition, avant d'animer le poème : un élément inéluctable d'intelligibilité. On comprendra comment, sous des conditions si étroites, le lyrisme, chez nous, eut toujours tant de peine à se dégager soit du didactisme, soit de l'éloquence, soit de l'analyse abstraite, et qu'il fasse figure dans les lettres françaises, plus que nulle part ailleurs, d'exception.

��Aussi bien, au cours de ces derniers siècles, n'aura-t-il donné toute sa mesure en France, que stimulé par des exemples étrangers. Il est oiseux de rappeler à quelles sources s'abreu- vèrent les meilleurs génies romantiques; ce que Baudelaire acquit dans la fréquentation de Poë... Verlaine, si fortement ivre du vin de terroir, avait gardé la chanson de Tennyson dans l'oreille. Et ce n'est pas simplement par hasard que le groupe dit symboliste, avoua tant d'attaches avec la souche du lyrisme anglo-saxon. Il était devenu urgent d'incorporer à

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