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NOTES 299

sectaires, ni des rêveurs,,. M, Daniel Halévy vécut de toutes ses forces cordiales ces années de lutte civique ; il vint au peuple, il s'employa à l'éduquer... Au lendemain de l'action, dans le désarroi des croyances, il cherche à se reprendre, à juger son effort, à préciser sa place ; il n'est pas sûr d'avoir vaincu et l'avenir lui semble chargé de menaces ; une sorte de mélancolie emplit sa clairvoyante confession. Oui, M. Halévy, plutôt analyste que partisan, prend malgré lui un plaisir amer de romancier dans l'étude des rapports politiques entre les hommes ! Il n'a pas fréquenté en vain, le maître dur, mon- strueux, admirable, si curieux des contingences et de l'entre- choc des passions, que fut Frédéric Nietzsche. C'est la noblesse de son socialisme de n'être pas une idéologie lyrique, et de tenir compte de tout. Je ne crois pas que le dessein d'évoquer le futur sous l'aspect vivant de la fable ait dicté à aucun de nos romanciers sociologues ou psychologues, des pages aussi nettes, aussi complexes, aussi vraisemblables que son Histoire de Quatre Ans. Le maniement des idées y est si précis, le récit si peu encombré de littérature, la démarche des déductions si lucide, le champ du conflit si peu rétréci, qu'il semble qu'une réalité l'habite, aussi palpable que celle de "Sotre Passé. Je veux en transcrire une page :

" La situation des hommes est tout à fait étrange, pitoyable. Non seulement ils sont privés d'instinct et tous les animaux en ont : c'est bien pis. Ils ont des instincts qui les trompent. Ils sont restés n'est-ce pas identiquement tels que la nature les a façonnés en trois ou quatre cent mille années. Ils ont des instincts qui les inclinent à bien manger, à bien dormir, à pré- férer les choses agréables. Et ces goûts étaient sans danger pour des malheureux que la vie pressait terriblement et qui avaient le choix entre peu de douceurs. Mais voici qu'en deux siècles à peine, nous, savants, nous avons transformé la réalité, diminué les périls, atténué les soui&ances, multiplié les plaisirs. Résultat: nos instincts portent à faux, ils nous font trébucher en aveugles

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