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LA FÊTE ARABE 4O5

cette goutte de graillon tombée dans cette poésie, quand le hasard mit sur ma route un singulier personnage.

II

Nous étions cinq ou six convives — les officiers du Bureau arabe, un colon du voisinage, le médecin militaire et moi — rassemblés autour d'un méchoui^ le mouton tradi- tionnel, rôti sur un brasier de bois odorant, et qu'on sert en son entier sur la table. C'était le médecin qui avait choisi la bête, qui en avait surveillé la cuisson, qui s'était procuré les aromates, et c'était lui qui enfonçait mainte- nant le bras dans l'intérieur brûlant du méchoui pour en arracher les rognons et me les oflfrir comme à l'hôte.

On ne l'appelait que le Khalife, et je crus d'abord que ce surnom lui venait de son visage bronzé comme celui d'un Arabe, et dans lequel les yeux très bleus semblaient seuls avoir échappé à la brûlure du soleil.

— Vous n'y êtes pas, me dit le lieutenant que j'avais à ma droite. Nous l'avons baptisé Khalife, parce qu'il témoigne pour la vie indigène d'xin amour extravagant. Voilà cinq ans qu'il est ici, il a droit à son changement, et il s'obstine à rester !... C'estàn'y rien comprendre... Vous avez pu en juger par vous-même : les plaisirs de Ben Nezouh sont comme la poésie du crû : ça plaît, c'est agréable un moment, et tout de suite ça vous écœure. Les six premiers mois sont possibles ; on chasse l'outarde et la gazelle ; dans la montagne il y a encore du moufflon ; on fait quelques courses dans le désert, un petit tour en caravane, et puis, c'est effroyable, c'est ennuyeux à périr ! Mais le Khalife, tout ici l'amuse, lui plaît inépuisable-

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