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LA FÊTE ARABE 4O7

ma vie que je reçus en arrivant là-haut. Vingt mille têtes de palmiers se balançaient à mes pieds, vingt mille aigrettes ou plutôt vingt mille faisceaux de sabres, de cimeterres recourbés qui jetaient sous le soleil tous les éclats bleutés de l'acier. Au delà, à perte de vue, le soyeux tapis des sables, les dunes veloutées avec leurs flancs pleins d'ombre, qui fuyaient en bonds flexibles, s'emmêlaient et se dé- nouaient dans un caprice de figures inouïes, passant de l'or au fauve, gagnant les teintes violettes pour finir à l'horizon dans un trait du bleu le plus pur. Léger comme l'oiseau, l'esprit qui se posait un moment sur les verdures s'envolait vers ces espaces vides, entraîné, emporté par le mouvement de ces lignes, de ces arabesques sans fin, et bientôt impuissant à suivre ce caprice inextricable, il finissait par se confondre et s'anéantir dans la lumière...

Au milieu de la terrasse, une large ouverture qu'entou- rait une balustrade de bois, laissait plonger le regard dans l'ombre d'une pièce qui se trouvait sous nos pieds. L'œil habitué à ces demi-ténèbres voyait peu à peu apparaître une vision de contes de fée. Entre les poutres fichées en terre qui soutenaient la terrasse circulaient silencieusement des voiles, des diadèmes d'or, toute une parure d'Orient, qui recevait de cette obscurité lumineuse un resplendisse- ment mystérieux. Les visages étaient découverts. Une des femmes à ma vue avait poussé un cri d'effroi et s'était comme envolée à travers les piliers; une autre, qui berçait un enfant, avait suspendu sa chanson ; deux autres, ac- croupies sur le sol, étaient penchées sur de petits fourneaux de terre qui luisaient eux aussi dans l'ombre comme de sur- prenants bijoux. Parfois elles relevaient la tête, et je voyais briller un regard, l'espace d'un éclair... C'était une cuisine.

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