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LA FÊTE ARABE 4II

venir respirer l*air vivifiant du soir, et l'on eut dit que ces ombres silencieuses, c'était l'âme musulmane elle- même réveillée de son long sommeil à l'appel ardent de cet homme qui la ressuscitait par l'amour.

Cette causerie sur la terrasse, ce fut la dernière impres- sion que j'emportai de l'oasis, et ce fut aussi la plus puissante, car il n'y a rien au monde pour émouvoir plus fortement un homme que le rêve ou la forte pensée d'un autre homme. A côté de cela rien ne vaut, pas même le plus beau paysage, la minute la plus passionnée.

Le lendemain, sur la même patache qui m'avait amené, dans le même nuage de poussière et de sable, traîné par les mêmes haridelles, je quittai Ben Nezouh.

Le Khalife était venu me souhaiter bon voyage.

— Et pour vous, bonne chance ! m'écriai-je quand je fus hissé sur la voiture.

Il me remercia de la main. Un de ces cortèges éblouis- sants, que l'on voyait depuis cinq jours circuler dans le village, était sorti sur la place pour voir partir la diligence. A l'intérieur de la maison, le bendir et la rhaïta menaient toujours leur musique infernale ; les enfants et les femmes poussaient leurs yous-yous suraigus. Le conducteur fit claquer son fouet, et les chevaux se mirent en marche dans tout ce bruit de fête.

Je partis avec le regret de laisser derrière moi une vision lumineuse que je ne reverrais sans doute plus, satisfait cependant de reprendre ma route, de remonter vers le Nord. Mais à mesure que la musique, qui m'avait si fort énervé tous ces jours, décroissait derrière moi, je songeais non sans mélancolie que cette vie primitive, si

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