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LE THEATRE 485

femme aimante, comporte bien peu d'héroïsme. M. Bemstein a voulu nous montrer un homme qui par une longue vie de probité, par son énergie et sa sincérité obtient le droit au silence de la foule et au respect des siens. Dans de telles conditions. Méritai pourrait au moins faire son récit en pré- sence de ses fils. Il le leur doit bien et s'il supporte l'hypocrisie à leur égard, il réduit singulièrement le crédit que nous pouvons faire à sa franchise. Nous savons que Renée acceptera tout ; il n'en va pas de même des enfants. Il fallait leur intervention pour que le sujet atteignît à la plénitude. Mais M. Bemstein s'intéresse fort peu aux fils Méritai ; il s'intéresse fort peu à ce que deviendra Méritai une fois le rideau tombé. Ce qui semble seul lui importer, c'est de pouvoir adresser au public une sorte de récit de Théramène.

Des ennemis acharnés de M. Bernstein ont déclaré s'in- cliner devant la force et la beauté de sa nouvelle pièce. Pour- quoi ce changement d'attitude ? Est-ce pour cette manière d'hommage que Méritai croit devoir rendre à la morale cou- rante ? C'est se contenter d'une pauvre palinodie. Est-ce parce que les cris et les coups de poing, les adultères et les suicides sont remplacés par une action plus tranquille ? C'est un mérite tout négatif. Il ne fallait ni tant s'indigner autrefois, ni se montrer conquis à si bon compte. J'avoue que ce manque de franchise de Méritai qui, coupable, accepte les excuses de ses fils et les laisse se reprocher d'avoir douté de lui, j'avoue, dis-je, que cette indélicatesse me froisse plus chez cet homme qu'on me donne pour délicat, que les grands gestes de pirates ne le faisaient chez les autres héros de M. Bernstein.

Au milieu de tant de pièces dites psychologiques, qui ne sont que de mauvais romans portés à la scène, il est légitime de vouloir créer un théâtre d'action, théâtre d'aventure ou de faits divers. Mais un tel genre ne peut que s'abâtardir en se maquillant de faux airs de tragédie.

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