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LE THEATRE 489

ingéniosité dans la recherche de tels jeux de scène, M. Népoty oublie qu'un raccourci de cette espèce ne prend de force que s'il répond à quelque chose d'essentiel dans les personnages, s'il ne sent pas la combinaison, s'il n'est pas théorique à la façon d'une formule d'algèbre.

C'est que pour établir des synthèses vivantes et des images visuelles, il faut une certaine disposition poétique de l'esprit, une sorte d'exaltation et de générosité, qui peut s'exprimer dans la prose la plus nette, mais qui sait entourer un mot ou un geste d'une atmosphère qui l'élargit et lui donne de la portée ; non pas poésie verbale, mais poésie de la vision et conception émue de la vie. Or parmi tant d'efièts trop con- certés, quelques notes inattendues, d'un ton juste et charmant, nous ont fait un instant espérer de M. Népotj- une pièce beaucoup plus profonde et prenante que celle qu'il nous a donnée.

On n'a pas oublié cet Eveil du PrinUmpSy dont la traduction fut jouée au Théâtre des Arts et où Wedekind a su rendre avec une émotion si cruelle et si forte les crises et les drames de l'enfance. Eh bien, dans le premier acte des Petits il y a, par moments, quelque chose de cette jfraîcheur et de ce tremble- ment. Quand Geo et Fanine échangent avec un plaisir si angoissé leur premier baiser, il s'ouvre dans cette histoire de famille, une échappée. On touche à quelque chose qui dépasse les Villaret et les Burdan. Je citerais encore l'instant où après un si long exil, Richard rentre dans la maison paternelle. Deux mots, deux silences : c'est assez pour qu'une émotion nous surprenne, celle de tous les retours et de toutes les absences, émotion, je le répète, d'un ordre l}Tique.

Si j'insiste sur ces quelques velléités poétiques, c'est qu'elles sont si rares dans notre théâtre qu'il faut bien les signaler partout où on les découvre. Même fugitives, elles indiquent chez un auteur d'autres dons que ceux de la pure logique dramatique. M. Népoty laissera-t-il la parole à cette voix

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