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492 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

œuvre et qu'il y consentît ou non, avec une génération litté- raire. Il ajoutait un lustre neuf à la gloire de la maison. Cela se paie.

C'est sans doute ce que M. de Mun a compris. Et certes, il ne s'est pas fait faute de citer, de louer tels vers du poète, des plus réguliers aux plus libres, et nous eûmes le rare plaisir d'entendre " le petit roseau " de la Corbeille des Heures chanter sous la sombre coupole de l'Institut. Certes, il a fait effort pour définir le symbolisme et nous lui devons de connaître, à côté de l'absurde facétie de M. Zamacoïs, cette si jolie phrase d'une admiratrice d'Henri de Régnier : " Il me fait penser à des choses que j'aime " : tout le principe de la poésie allusoire et des " correspondances " chères à Baudelaire ne s'y trouve-t-il pas inclus ? — Mais quoi ! M. de Mun n'aime qu'à demi la rêverie, — et il l'a fait sentir. Il n'aime pas du tout l'art galant, — et il l'a dit. Il a tenu à opposer à la doctrine de l'art " gratuit ", la doctrine de l'art social qui est la sienne. C'était son droit et son devoir. A peine a-t-il clamé un peu trop rudement ce qu'il pensait. Si conforme, en vérité, aux traditions de l'Institut, pourquoi ce discours a-t-il pris l'aspect d'une diatribe, d'un verdict, d'une exécution capitale ?

C'est que le patient, trop dédaigneux ou trop modeste, s'était laissé exécuter. C'est que M. de Régnier, par une inexcusable insouciance, dont lui gardent rancune nombre de ses amis, a négligé dans son discours de poser résolument sa figure, d'affirmer sa croyance en l'art, de réclamer son droit à tout chanter et à tout peindre. Quand il se fût mis sous l'égide de José Maria de Heredia, quand il eut rappelé l'exemple de son premier maître, Stéphane Mallarmé, il pensa avoir tout dit de lui-même. De son œuvre pas un seul mot, soit qu'il se considérât comme le représentant d'une génération lyrique, soit qu'il tînt à garder son indépen- dance, par devers telle ou telle école, où on a pris coutume de le ranger. Que ne s'expliquait-il ? Mais non, il vient, tout humble et remercie de l'honneur qu'on lui fait, renonçant à

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