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LA FÊTE ARABE 599

cris des enfants, ni les you-you des femmes ; aucune mousseline, aucun diadème d'or, aucun œil curieux sous ses voiles, aucun grave burnous, aucun éblouissant cortège ne parut sur le seuil des maisons aux toits rouges : la Fête Arabe était finie.

Avec quelle allégresse je vis s'éloigner derrière moi la sinistre banlieue. Il me semblait que jamais je ne trouverais assez d'air pur, de vie primitive et de lumière, pour me délivrer l'esprit des afireuses images que j'em- portais de l'oasis. Mais à mesure que j'avançais, ces im- pressions désolées se renforçaient d'étape" en étape de tout ce qui se présentait à ma vue. Cette chose vague, imper- sonnelle, qui n'appartient en propre à aucune nation d'Europe et qui leur est commune à toutes, cette chose sans forme, sans visage qu'on appelle de ce mot indéterminé le progrès, ne laissera-t-elle donc rien subsister dans le monde qui ne soit à son image ? Le malfaisant génie, que j'avais vu à l'œuvre dans le faubourg italo-espagnol, n'a pas besoin d'être là, en personne, pour exercer ses ravages: il blesse, il tue, il envoie la mort de loin ; il est pour les vieux pays, les vieilles civilisations, les activités séculaires, un ennemi invisible, autrement redoutable que le soleil, le sirocco et la soif. Tout ce que je voyais sur mon chemin retournait au désert et à la mort. Personne sur ces pistes du Sud, ni troupeaux, ni caravanes ; l'ancienne vie qui avait dû animer ces solitudes semblait tout à fait suspendue, et dans les rares villages, qui de loin en loin disaient encore que tout ici n'était pas abandon, l'existence paraissait réduite à rien. Ksar el Hairane, El Asafià ! pauvres séjoiu-s du désespoir, oasis mourantes, touchants ilôts de verdure, maigre troupeau

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