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LA FÊTE ARABE 6oi

d'un beau velours sombre, aux branches croisées, crochues, enchevêtrées, au feuillage menu, feutré, impénétrable au soleil, vraie charmille du désert, tous tondus à la même hauteur par la dent des chameaux, comme un pré aérien? Ils se rassemblent à dix, à douze, formant de véritables tribus autour de cuvettes si peu profondes que l'œil les distingue à peine, et que couvre une terre criblée, pour ainsi dire, au tamis, tandis que le plateau tout autour offre l'aspect d'un macadam sur lequel n'a pas passé le rouleau. Tout un jour, nous circulons dans ce surprenant paysage de verdure, de fraîcheur et d'ombre, d'aridité, de terre funèbre et de ciel embrasé. Puis les tribus agrestes se font de moins en moins nombreuses ; parfois, encore un betoum, sentinelle égarée, perdue dans la solitude ; et après, c'est la Chebka, un filet inextricable d'efiroyables ravins, un chaos de falaises sans trace de végétation aucune, surplombées de rochers gris qui brillent en dessous comme des braises, et que sillonnent des torrents de cailloux noirs. Le quatrième jour du voyage, notre pauvre diligence, qui se traînait depuis trente heures dans cet enfer de pierrailles, nous monta par les mille détours d'une route, qui semblait à jamais prisonnière de ce dédale, sur le bord du plateau d'où l'on découvre à ses pieds la sainte vallée du Mzab. Aussi loin que s'étend la vue, de vastes champs de sable rose. Des petits murs de terre sèche, des monti- cules et des pylônes surgissent bizarrement de cette plaine teintée des couleurs de l'aurore : on croirait voir le chan- tier d'une ville en construction, ou les restes d'une cité disparue. Çà et là, de tristes palmiers, qui penchent leurs palmes flétries sur les maçonneries décrépites, don- nent à ces petites ruines l'aspect d'étranges mausolées.

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