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LA FÊTE ARABE 627

avant de partir, il fit exhausser tous les murs, fermer toutes les portes, et donna l'ordre à ses gens de veiller, non plus aux arbres, mais à l'entretien des murailles, afin que son jardin restât là comme un témoignage de la barbarie calabraise.

Le beau jardin se défit lentement. La séguia le traver- sait toujours, mais son eau n'était plus diligemment distribuée. Les arbres qui ne poussaient pas sur ses rives dépérirent et moururent ; déracinés par le vent, ils s'amoncelaient les uns sur les autres ; les kiosques tom- bèrent en ruines, et ce fut pendant des années un lamen- table spectacle, ces troncs, ces branches desséchées, ces frêles bâtiments avec leurs terrasses crevées et leurs murs écroulés, tandis qu'au long de la séguia, une rangée d'arbres d'un vert intense et des palmiers toujours fiers passaient dans cette désolation.

Mais tout cela n'est rien encore. Un jour, le bruit com- mença de se répandre que le Gouvernement allait inter- dire aux femmes de sortir voilées dans les rues, qu'il faudrait payer cinquante francs pour se faire circoncire et que tout chapelet serait prochainement imposé d'une taxe de cinq francs cinquante. En même temps on racontait que tout Arabe d'Algérie qui émigrerait en Syrie recevrait là-bas du Sultan une vache, un terrain, de l'argent pour subvenir aux premiers frais du séjour. C'était Gonzalvez et sa bande qui faisaient courir ces rumeurs, et personne peut-être n'y aurait ajouté foi, si le Marabout lui-même ne s'était employé à les confirmer en tous lieux. Lorsqu'elles me revinrent aux oreilles, elles s'étaient déjà implantées dans ces esprits que rien n'étonne. Beaucoup vendirent le petit lopin de terre qu'ils possédaient au bord de l'oued, et

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