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628 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

abandonnèrent le pays pour une contrée plus heureuse. " Nous ne sommes ici qu'une poussière, disaient-ils. Nous sommes méprisés, détestés, traités en bêtes de somme ; peut-être qu'en cherchant bien nous trouverons dans le monde un coin de terre où nous pourrons vivre en paix. " Mes efforts pour les retenir furent tout à fait inutiles. Une à une, je voyais les portes se fermer dans le petit village de boue. En quelques mois, Ben Nezouh et ses entours se vidèrent de leurs habitants, et si traversant ces régions, vous demandiez suivant la formule arabe : " Le pays est-il plein ? " c'est-à-dire : " Est-il heureux ? " les gens vous répondaient tout d'un trait : " Demande plutôt s'il n'est pas tout à fait vide. "

Ce qui arriva des pauvres exilés, vous le devinez sans peine. Ils ne trouvèrent en Syrie ni la vache, ni les terrains, ni l'argent qu'on leur avait promis. Un consul de mes amis m'a dit avoir rougi en rencontrant, dans les rues de Damas, des mendiants qui portaient sur leurs burnous en loques notre médaille militaire. La plupart allèrent s'engager sur les chantiers du chemin de fer de Bagdad ; d'autres se rendirent dans la Mésopotamie, où l'on fait, comme vous savez, de grands travaux d'irrigation. Quelques-uns reparurent à Ben Nezouh. Ils trouvèrent les Gonzalvez, les Lubrano et les autres installés dans leurs jardins. Et ces jardins, grands Dieux ! qu'étaient-ils devenus ! Déjà ils commençaient de prendre cet aspect lamentable que vous leur avez vu. C'est qu'il est aussi difficile de bien soigner un palmier que de conduire un chameau dans les sables. Il faut savoir grimper au faîte sans abîmer le tronc, avoir l'agilité d'un singe pour aller d'un arbre à l'autre, au temps de la fécondation, secouer le

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