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644 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

SCS colliers, ses voiles de soie, elle apparaissait un peu comme une jeune reine barbare. Mais le proverbe arabe a raison : quand la trame du bonheur commence de se déchirer, elle se défait tout entière. A mesure qu'on vint moins à Ben Nezouh, les fêtes, les distractions se firent rares. Moi-même, au milieu de mes soucis, je la négligeai un peu. Mon humeur s'était assombrie, pouvais-je em- pêcher qu'elle cherchât quelque plaisir autour d'elle ? exiger qu'elle renonçât, pour me plaire, au bonheur qu'ont toutes les femmes, et surtout celles d'Orient, à échanger inlassablement des idées sans intérêt ?... Sa sœur Aïchouch vint la voir, bientôt la mère accompagna la fille, quelques amies se glissèrent jusque chez moi, ses frères mêmes pendant mon absence. C'était alors des bavardages sans fin autour de cette horrible bière pâle qu'on fabrique à Saint-Etienne et qui remplace le Champagne dans les mauvais lieux du Sud. En s'en allant, chacun emportait du sucre, du café, des conserves, des ustensiles de cuisine, tout ce qu'il y avait dans la maison. Mohammed et sa femme, la fidèle Dzhaïba, essayaient, mais en vain, de s'opposer au pillage. Ah ! le temps était loin où je devais élever la voix pour qu'elle consentît à envoyer quelque présent à sa mère !

Un matin, je la vis entrer dans mon cabinet tout en larmes. Une jeune prostituée d'Alger avait traité de cathédrale le haut diadème d'or, le somptueux méchebek qu'elle portait sur la tête. Cette plaisanterie, empruntée à quelque homme des bataillons d'Afrique, avait jeté la pauvre Zohira dans une indicible confusion ; elle s'était enfuie le cœur gros, et maintenant accroupie dans ses voiles en loques, auprès du méchebek qu'elle avait laissé

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