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648 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

arrêter à sa place les deux frères de Zohira. Le soir même, le mûr de la prison fut éventré et les bandits disparurent.

D'ailleurs était-ce eux les vrais coupables ? Qui les avait poussés ? Qui leur avait fait la ghemza^ le fameux clin d'oeil arabe, le conseil perfide que l'on donne sans mot dire et qui est saisi au passage ? Dans la plupart de ces assassinats commis sur des Européens par la pègre indigène, si vous cherchez les causes, si vous fouillez le crime, vous trouverez presque toujours la main d'un étranger. Derrière les sinistres bandits, comment n'aurais- je pas soupçonné Gonzalvez ou Mammo ?

Quant à la faible Zohira, sitôt qu'elle eut appris qu'on m'avait assassiné, son premier soin fut de courir dans la partie de la maison où habitaient Mahommed, sa femme Dzhaïba et leurs petits garçons. Suivie de quelques amies de sa sœur Aïchouch et de sa vieille mère par miracle ressusci- tée, elle s'élança sur la pauvre Dzhaïba, la frappa au visage avec ses bracelets et la jeta dehors en criant : " Chienne ! Fille de Chienne ! Sors d'ici avec tes bâtards ! " Mais lorsqu'à deux jours de là, Mohammed reparut chez moi, elle se mit à crier bien haut, devant tout le quartier ras- semblé, que puisque j'étais assez fou pour garder encore sous mon toit celui qui m'avait assassiné, elle n'y resterait pas une minute de plus. D'ailleurs Si Aïssa l'avait bien prévenue, j'étais un ennemi de la religion et du Prophète, et plutôt que de vivre plus longtemps avec un Roumi, elle préférait gagner sa vie comme sa sœur Aïchouch. Ce qu'elle fit incontinent, après avoir obtenu pour deux douros un certificat de santé du médecin d'Alicante.

Cette fois je ne résistai plus aux prières de Mohammed.

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