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668 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

puis m'en persuader. Et qu'importe, s'il éloigne de croire. Mais bien mieux, lui-même il ne se fait pas croire.

Qu'il y met peu du sien. Que de profonds désordres, en cet homme d'ordre. Que ce héraut du pouvoir absolu est rebelle à toute autorité. Que son âme tient donc de l'anarchie, au fort du com- bat contre l'anarchie. Et sa fidélité même est anar- chique. Fidèle comme un mari qui n'aime plus, et qui, peut-être même, enveloppe de politesse son dégoût.

Il a trop de vigueur dans l'esprit, pour croire si petitement. La foi de Chateaubriand est assez pareille à la conviction d'un acteur héroïque : c'est un héros, tant qu'il en joue le rôle ; et, comme on sait, ils le jouent parfois à la ville. Pourtant, ils ne se dévouent et ne meurent qu'en scène seulement. Pour Chateaubriand, la renommée est son théâtre ; il ne quitte presque jamais la rampe. Comme il vit sur la scène, il mourra fort bien dans son rôle, s'il faut : rôle, toutefois.

Joseph de Maistre croit. Si l'Eglise admet la foi de Chateaubriand, on ne peut que s'incliner devant le jugement de l'Eglise. Or, il ne s'agit pas du fàt : je cherche le fond du cœur. Il faut voir que la foi de Chateaubriand a l'accent de la fausseté, et tous les accents. Nulle hypocrisie, du reste : René n'est pas assez profond. Elle sonne le creux du pis aller. Le Génie du Christianisme est

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