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670 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

bien être surpris, ne fût-ce qu'un instant, dans son déshabillé de négation et de blasphèmes.

La vanité exclut la foi, en somme. La profonde vanité est nihiliste : elle vient du vide, et elle le crée. Partout, dans Chateaubriand, je sens ce souffle de la tombe. Son chef-d'œuvre est au sépulcre. Magnifique et sans second, ce discours seul retient notre audience ; et la voix sort du tombeau.

Jamais on ne fut si peu mystique, avec plus de prétention au mystère. Jamais un tel parti pris de sublime : pour lui, c'est un trope, un outil ; on l'a sous la main ; il n'est que de s'en servir. On peut bien dire du faux sublime, qu'il est le comble du néant. Il l'est aussi de l'ennui. Qui veut lire la Nouvelle Héloïse ou les livres de Chateaubriand jusqu'au bout } Les traits sublimes, dans la poésie et dans l'action, sont le jet le plus haut, le plus droit du caractère, ce qui vient du plus profond et qui va le plus loin. Ils sont la sincérité même, je dirai presque la fatale nécessité d'une grande âme. On ne sera jamais sublime sans y aller de tout soi même. On l'est sans le vouloir, enfin. Le sublime d'imitation ou sublime de vanité est le faux sublime.

L'émotion d'un coeur puissant et d'une volonté héroïque ne s'imite point. L'occasion s'imite moins encore. Les haillons de l'histoire et de l'épopée,

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