Page:NRF 7.djvu/741

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


JEAN MORÉAS 735

aucun ne correspondait à sa sensibilité profonde. Il était parfaitement athée, et d'ailleurs d'esprit trop sérieux pour faire de Dieu, comme tant d'autres, une simple machine poétique. En véritable Grec, il méprisait la femme, et par suite l'amour, et d'autre part il avait de l'éminente dignité de l'homme dans l'univers un trop juste et trop fort sentiment pour demander jamais à la nature autre chose qu'un cadre, des métaphores ou des sym- boles. Enfin il n'avait ni goût, ni peur, ni horreur de la mort. Toutes les voies du grand lyrisme lui étant donc fermées, que lui restait-il, à ce jeune homme trop cultivé, et point encore engendré à la vie personnelle, qu'à se réfugier dans cette sorte d'alexandrinisme subtil, précieux et un peu barbare, qu'Anatole France et Charles Maurras ont aimé, à juste titre certes, mais qui, s'il s'y fût borné, n'eût tout de même fait de lui que le pre- mier de nos petits poètes ? Les Syrtes, les Cantilènes, le Tèlerin Passionné appartiennent à cette veine menue et charmante, que le Moréas des Stances et àilphigènie devait de très haut dédaigner.

Cependant, même dans ces premiers jeux d'une Muse hésitante, çà et là des vers, des strophes d'un accent plus ferme, d'une sonorité plus virile révélaient une individualité originale et forte, peinant à se dégager. Elle n'y fût jamais parvenue peut-être, l'ébauche ne se fût jamais achevée en statue, si la dure Vie, l'incomparable modeleuse,

�� �