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74° LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

Quand j'ai connu la vérité, J'ai cru que c'était une amie. Quand je l'ai comprise et sentie J'en étais déjà dégoûté.

On sait la suite, et la fin lamentable. Or, c'est au moment où Musset tombe que Moréas s'élève. Il a vécu, il a voulu, désiré, lutté, fonçant droit devant lui d'un fougueux élan ; il a connu les courtes joies et les longues épreuves que com- porte toute vie, l'amitié, l'amour, et aussi, et surtout, la trahison, la perfidie, l'injustice, la mala- die, la douleur, et l'angoisse du temps qui fuit, de la vieillesse et de la mort qui approchent. Il n'est pas épuisé, ni même las ; cependant il s'arrête, il se retourne, il embrasse d'un clair regard sa vie passée, il contemple la Vie, il médite ; et soudain il se sent soulevé au-dessus de lui-même, rempli d'une force nouvelle, et le cri qui de son cœur monte à ses lèvres c'est le cri même du philosophe antique : " Tel est l'ordre, telle est la loi, tout est bien ". Magnifique sursaut de l'âme à qui aucune douleur n'a été épargnée, et qui sous les coups du destin se redresse, sublime de force, de courage et de générosité ! Ecoutons ce chant tragique :

Me voici seul enfin, tel que je devais l'être :

Les jours sont révolus, Ces dévouements couverts que tu faisais paraître

Ne me surprendront plus.

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