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766 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

et poudreux, tout hérissé d'aloès aux griffes rétractées. Torride solitude ; un silence absolu pèse sur elle. Par une échappée entre les mamelons rocheux qui, à gauche, ferment la vallée, je découvre à nouveau l'étendue du Métahara, couleur de lave, et ses deux cratères isolés. Mais un bref aboi de chien hargneux, du fond de l'abîme lumineux s'élève tout à coup, net et lointain. Je recon- nais ce cri. Avec ma lorgnette, j'explore les ombres trans- parentes de la forêt et bientôt distingue une bande de cynocéphales défilant lentement au milieu des aloès. Une autre suit, qu'un vieux singe robuste précède de quelques pas. Ils sont deux ou trois cents qui, après être allé boire dans un creux où achève de croupir une eau cachée, regagnent les crêtes pierreuses que nous surplombons. Leurs museaux effilés aux longues dents redoutables se dressent de temps en temps vers nous. Si loin que nous soyons, perchés sur cette arête inaccessible, ils nous ont éventés, mis en éveil par le court aboi du vieux guide. D'ailleurs, rassurés par la distance qui nous sépare, ils ne pressent point le pas. Je les vois cheminer sans hâte, côte à côte, en troupeau, se bousculant parfois quand le sentier entre les aloès et les troncs d'arbres est trop étroit. Ils s'empoignent alors par la crinière, s'obstinent en grognant, passent enfin, en paquet, tous ensemble. J'admire leur aspect tranquille, la force, l'assurance de leurs mouve- ments. Un à un, ensuite, ils disparaissent derrière un épaulement qui les cache à notre vue. Lorsque le dernier s'est effacé, le vieux mâle qui, durant tout ce temps, était resté assis sur une pierre, à son tour grimpe aux roches et disparaît avec un jappement aggressif.

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