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774 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

un gros ficus, au tronc noueux, au feuillage opaque. Par centaines, s'accrochent à ses branches, les bourses de paille des nids de tisserins. Quels piaillements aigus quand je passe sous l'arbre !... Les ailes jaunes des mâles s'effarent et battent autour des poches légères et balancées où les femelles, tapies sur les œufs, demeurent immobiles... Et puis, peu à peu, les mamelons qui encaissaient la vallée s'écartent et s'espacent. Par une échancrure, à gauche, nous découvrons soudain la chaîne du Kassam, si proche, cette fois, que sur ses pans obliques, à mi- hauteur, on distingue les plaques obscures qu'y font des herbages et, dans les gorges crevassées, des bouquets épais de verdure. Un pic élevé commande le massif ; quelques nuages d'un blanc neigeux, achèvent de s'y défaire ; son ombre projette un cône difforme et vaporeux au long des flancs rugueux de la montagne qui, des pieds à la tête, apparaît enveloppée dans une subtile buée bleuâtre, pareille au reflet sur la pierre de l'azur tendu au-dessus d'elle. L'échappée, ensuite, se referme, cependant qu'au travers d'une plaine aux courtes ondulations, nous suivons la route facile et ombragée de mimosas qui mène à Tadetcha-Malka. — Dans un fond, tombés sur un convoi de ces lourdes voitures, toutes de fer, semblables à des caissons, qui seules sont capables de supporter les cahots de la voirie abyssine, mais mettent 90 jours pour par- courir les cinq cents kilomètres qui séparent Diré-Daoua d'Addis-Abeba. Quand nous le joignons, le convoi est en panne à cause d'une côte un peu dure à gravir. Les bœufs qui le traînaient ont été dételés, puis raccrochés à vingt à l'une des voitures. Agenouillées dans le sable qui cède, les bêtes peinent, soufflent, poussent du front le joug

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