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d'aDDIS-ABEBA a DJIBOUTI 773

de sa bouche le bout de bois dont les Somalis n*ont jamais fini de se curer les dents, il me demande des " bribri ". Djamma, le cuisinier, est le seul interprète à ma portée : il m'explique que le gaillard sollicite des allumettes. Je lui tends la boîte que j'ai dans ma poche : il l'ouvre et la trouvant à demi vide, d'un air méprisant, me la rend incontinent. Je lui en propose six autres, plus quelques thalers, s'il consent à me céder son coutelas. Il fronce les sourcils et, craignant une ruse, recule d'un pas. Je réitère l'offre et, comme il feint de ne pas comprendre, porte la main sur son arme. Précipitamment, il se rejette en arrière en poussant un cri : de la brousse, à l'instant d'autres cris répondent, une dizaine de grands diables crépus et résolus s'amènent au pas de course : de peur d'une bagarre, je tourne bride...

Appels de francolins dans le taillis. Ils se laissent à ce point approcher que, du haut du mulet, on les peut tirer à l'aise. Une compagnie de pintades qui maraude dans les hautes herbes me fait pourtant mettre pied à terre. Entre deux buissons, un chacal détale, d'un trot élastique et dansant, sa queue touffue balayant le sol ; mais la curiosité bientôt l'emporte, il s'arrête, fait demi-tour et assis sur son derrière, me considère. Oiseaux merveilleux qui, à chaque pas que je fais, se dispersent devant moi. Je retrouve ici ces petits sucriers, à la gorge d'émeraude, qui hantaient le jardin d'Addis-Abeba. D'un vol preste et saccadé, sans jamais se poser, ils rôdent autour des hampes d'aloès, ne s'arrêtant que pour insinuer au plus profond d'une fleur le cimeterre délié d'un bec recourbé plus long que leur corps. Parfois, au-dessus du fourré, se dresse

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