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782 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

A la lisière, nous retrouvons le Kassam. Quelques collines basses et jaunes le bordent. Les eaux étalées miroitent au milieu des galets blancs. A notre droite, dans un fond, s'étend une roselière spacieuse, hérissée, touffue. Tourné vers moi, l'un des chankallas me cligne de l'oeil. " C'est ici, fait-il, marche derrière moi... " Et incontinent, il se faufile dans le fourré où l'autre, déjà, l'a devancé. Au premier pas, parmi les joncs serrés, deux fois plus hauts que moi, nous disparaissons tout entiers. Pour avancer, il faut empoigner par brassées et repousser des coudes les cannes vertes qui à l'instant se rejoignent, forment voûte et se referment. L'homme qui me fraie un passage, se laisse choir à la renverse devant moi, de tout son long, se reçoit sur son séant, recule d'un pas, recom- mence et rit entre temps de me voir empêtré par mon casque qui glisse, ma carabine qui à tout moment s'accroche, et que volontiers, j'enverrais au diable ! D'étroites éclaircies, de temps en temps, où l'on peut souffler, se redresser, et puis la mêlée reprend. Comme nous traversons une de ces bandes de terre nue, mon guide tout à coup fait halte et se penche, d'un air animé, au-dessus d'une informe empreinte, mollement marquée dans la boue. J'entends un chuchotement: Jmhassa egheur! Pas possible!... Cette trace de gros chat débonnaire, quoi!... c'est donc cela que laisse après elle la patte du lion ?... Les noirs, cependant, se sont agenouillés : le nez dans la vase, ils flairent longuement la voie, se concertent, fouillent du regard l'alentour. Tête baissée, enfin, ils s'engagent au plus épais des roseaux où, derrière le mince rideau qui en masquait l'entrée, se découvre au ras du sol une sorte de couloir creusé entre les tiges emmêlées.

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