Page:NRF 7.djvu/790

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cette odeur puissante et musquée, je la reconnais ; elle couvre le fade relent des vases. — Au fond du repaire, on distingue le trou noir d’une issue où les nègres n’osent s’aventurer, ne tolèrent même pas que je passe la tête. Tandis qu’ils s’éloignent pour découvrir quelque passage qui nous fasse prendre la tanière à revers, je demeure seul avec l’abyssin, blottis tous deux au pied d’une haute gerbe qui nous couvre. Inquiétant silence, suspecte solitude. Pour la première fois je m’avise que la partie, après tout, n’est pas sans risque. Si ces bêtes, débusquées par les rabatteurs, surgissaient soudain, quelle mine leur ferais-je ? La piteuse contenance du boy me ragaillardit, je le prends par le bras tout à coup et à voix basse : "Vite! Retourne-toi... Tu ne vois pas?..." — Quel bond ! En un moment, il s’est pelotonné, se fait tout petit derrière mon dos. Du reste, il est le premier à rire de la plaisanterie, sitôt qu’il reconnaît qu’il n’y avait rien... — A la suite des chankallas, qui nous rejoignent sans bruit comme ils étaient partis, nous poussons droit dans la muraille qui nous enferme, tombons de l’autre côté, au bout de quelques mètres sur un bras dérivé du Kassam, paisible et clair. Dans le fond, parmi l’azur léger, les cimes étagées et magnifiques des montagnes se dressent, emplissant l’étroite échappée ouverte entre les joncs. Sur le sable du bord, nous retrouvons les traces, toutes récentes cette fois et profondément marquées, des pattes redoutables. Blessures fines qu’ont creusées au dessus des rondes empreintes les griffes acérées, un instant appuyées. Collés au fourré et parfois nous couchant dessus quand la berge manque à nos pas, nous côtoyons la rivière. La piste, d’ailleurs, est recoupée non loin, la galerie