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d'aDDIS-ABEBA a DJIBOUTI 785

basse que se sont ouverte les fauves au milieu des tiges brisées. Allègrement les noirs s'y replongent; derrière eux, à nouveau, nous gagnons le cœur du marais, étouffent, opaque et que d'incertains reflets éclairent d'une verdâtre lumière d'aquarium. Mais en vain nous prêtons l'oreille : pas un bruit, pas un souffle ne frôle les roseaux : tout est désert, immobile, accablé.

A dix heures enfin, nous débouchons à un petit tertre de terre ferme, isolé comme une île et qu'ombrage un ample mimosa. Avec quel soulagement je salue le ciel éclatant ! Je crève de chaleur et de fatigue. Les feuilles coupantes m'ont tailladé le visage et les poignets. Des pieds à la tête je suis couvert de boue. Et tout cela, pour quoi, bon sang !... Mes braves soudanais eux-mêmes ruis- sellent ; du plat de la main, largement, ils étanchent l'eau qui coule sur leurs honnêtes faces aplaties : l'entournure de leurs petits vestons khaki est toute transpirante. Im- pression de confiance, de sécurité qu'ils me donnent. Je les suivrais n'importe où, sans hésiter : ce n'est pas eux qui, sous couleur de mieux assurer le coup de fusil, me conseilleraient de lâcher une piste chaude, dût-elle mener à quelque hasardeuse rencontre !... La déconvenue ne les a pas découragés : ils continuent de bavarder, de sourire en me regardant droit dans les yeux, appuyés sur leur long fusil Gras, et ne demandant qu'à continuer. Mais, ma foi ! j'en ai assez et ne rougis pas de le déclarer tout net...

Au sortir du marais, nous nous retrouvons dans la forêt de mimosas. Après les puanteurs de la vase, plaisir de respirer les tièdes parfums suspendus. Des pelouses s'éten- dent à l'ombre des beaux arbres. Quelques caféiers sau-

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