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786 LA NOUVELLE REVUE FRANÇAISE

vages s'y mêlent aux bouquets d'acacia et forment taillis. Dans les buissons, les hautes herbes, des francolins se hèlent. Agile lumière, allégresse de l'air, du ciel... Mais une main se pose brusquement sur mon épaule : d'un air mystérieux, le boy en même temps me désigne sans mot dire, à vingt pas, derrière l'écran léger des feuillages, quatre formes épaisses, rousses, allongées dans l'herbe. D'un mouvement instinctif, j'épaule et fais feu aussitôt, sans que d'ailleurs ma charge de 4 paraisse incommoder le moins du monde les bêtes qui, redressées d'un bond, disparaissent en un moment dans le fourré. L'émotion, l'affolement qui se manifestent autour de moi ne laissent point toutefois de m'étonner. Le fusil en arrêt, le doigt sur la détente, les chankallas vivement se sont jetés en avant, cependant que le boy, d'une main agitée, me tend sa carabine. Je la repousse : " Pas la peine : crois-tu que les antilopes nous attendent !... " De surprise, il roule des yeux blancs. "Des antilopes!..." Et élevant vers moi quatre gros doigts noirs. " Arat ambassa ! " s'écrie-t-il d'une voix tragique. " Quatre lions ! " J'ai quelque peine, je l'avoue, à croire que ce soit à un si noble gibier que je viens d'envoyer froidement mes petits plombs. Mais en rejoignant les chankallas, sur l'arête du talus que les fauves ont dévalé d'un élan, je distingue les marques de leur passage, ces traces que je connais bien à présent... Au pied du talus s'étend le champ de roseaux où sans doute la famille s'est enfoncée à nouveau. Les noirs déjà furètent au seuil, me font signe de les suivre. Rentrer là-dedans, ah, jamais de la vie ! Et résolument, lâchant mes africains, je tourne les talons et regagne la forêt. Grand singe qui presque aussitôt, d'un trot aisé, la

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