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JULIETTE LA JOLIE 797

venait d'entrer dans sa seizième année, et qu'elle se savait jolie, puisque les garçons et même les hommes ne se gênaient pas pour le lui dire. Elle répondit simplement :

— Oui, ne t'inquiète pas : tout sera prêt.

Certains jours, quand il ne restait plus rien et que, comme aujourd'hui, elle n'était pas allée travailler, elle partait chez le charcutier. On disait dans le quartier, quand on la voyait dehors à cette heure :

— Tiens, aujourd'hui, sa cuisine sera vite faite.

Elle rapportait pour douze sous de fromage de tête ou de jambon, dans le maigre autant que possible. Avec une bonne salade et du gruyère, c'était suffisant pour attendre le repas du soir. Aujourd'hui elle n'avait pas à se déranger, puisqu'il restait dans le fond du plat une bonne portion de ragoût. Elle n'avait à s'occuper de rien, sa mère ayant pris soin d'essuyer elle-même la table. Elle s'assit près de la fenêtre. Les volets étaient bien fermés, mais il y avait dans les rues tant de lumière que l'on aurait dit qu'elle trouvait moyen de traverser même les murs épais. Pourtant ce n'était que cette ombre bleue dans laquelle on vit, les après-midi d'été, comme dans un rêve. Juliette reprit, à l'endroit où elle avait dû la laisser, la lecture de son feuil- leton du Petit Parisien. Elle venait d'avoir seize ans, et soupirait de voir l'héroïne, si belle et si sentimentale, malheureuse.

Elle ne se croyait pas obligée d'aller travailler tous les jours. Elle ne ressemblait pas à ces filles de pauvres qui ont besoin de ne pas rester à ne rien faire. Jolie comme on peut l'être lorsque, sans être très grande, on se tient si droite que l'on ne perd pas un millimètre de sa taille, que les yeux rient tout bleu, et que les cheveux noirs

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