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JULIETTE LA JOLIE 807

même heure les riches dînaient et les pauvres mangeaient la soupe. Chez les Gallois on dînait plutôt. Les pauvres, les ouvriers avaient vite fait. L'été, on a plus soif que faim ; il ne faut pas deux heures pour avoir raison d'une assiette de soupe et d'un morceau de fromage. Aussi quand ils avaient fini ne se gênaient-ils pas, quelques-uns, pour s'arrêter... en allant faire un tour... par là... dans leurs jardins. .., devant la porte des Gallois. Quelquefois, assez souvent même, suivant la tournure que prenait la conversation, ils entraient. Gallois n'était pas un avare. Il disait :

— Allons, Picoche, tu vas bien prendre un verre de vin avec nous ?

Ce soir-là, ce fut le tour de M. Cougny, qu'on appelait plutôt " le père Cougny ". Il revenait de ville, regagnant sa maison dans le quartier de la Cure, sur lequel s'étend l'ombre de l'église. A soixante ans il était solide et mince comme un jeune homme, plus droit qu'un I majuscule. Il aimait les grasses plaisanteries, les mots à double et triple sens, ces histoires que l'on raconte les deux mains sur le ventre. Sa femme avait eu la bonne idée de mourir quelques mois auparavant pour qu'il restât seul à profiter de leurs douze cents francs de rente, ce qui est une forte somme pour nos petits pays. Les derniers temps elle lui avait fait la vie triste : toujours couchée, à se plaindre, à gémir, à ne plus boire que du lait. Il valait bien mieux pour elle qu'elle fût morte.

Il cria en passant, comme s'il avait eu hâte de rentrer se coucher:

— Hé, la coterie ! On se saoule sans les amis ?

— Viens donc prendre la goutte ! riposta Gallois sans

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